Éduquer sans punir de Gordon

Chronique et résumé du livre Éduquer sans punir.

Cet article est la première partie de la chronique du livre Éduquer sans punir (vous pouvez également passer directement à la 2ème partie).

Phrase résumé du livre : Nous savons aujourd’hui, grâce à de nombreuses études, que les punitions sont nocives pour l’enfant. Pourtant, la discipline reste la principale préoccupation des éducateurs. L’autodiscipline est la méthode qui satisfait parents et enfants en diminuant les troubles physiques et physiologiques et en augmentant notamment l’estime de soi.

Éduquer sans punir de Thomas Gordon, 2003, 256 pages

Éduquer sans punir

Le livre, à travers de nombreux exemples concrets et témoignages, donnent des techniques pour écouter et communiquer avec son enfant. Pour l’écrire Thomas Gordon a lu de nombreux ouvrages prônant la discipline autoritaire (livres à l’opposé de ses convictions) afin de comprendre les motivations et arguments de leurs auteurs. Il s’évertue dans Éduquer sans punir à démontrer la dangerosité des récompenses et punitions et explique comment parents et éducateurs peuvent utiliser d’autres moyens pour influencer l’enfant sans le forcer.

Première partie : Comprendre la discipline

1. Différents types de discipline et d’autorité

Le nom discipline et le verbe discipliner sont généralement confondus. Pourtant ce sont deux termes bien différents. Le nom fait référence à un comportement conforme à des règles, “la discipline dans la classe”. Le verbe signifie soumettre quelqu’un à un ensemble de règles qui garantissent l’ordre, “discipliner une classe”.
À tort, les deux termes sont souvent associés mais pour Thomas Gordon “Discipliner les enfants ne produit pas des enfants disciplinés”.

On influence davantage les jeunes lorsqu’on ne cherche pas à les dominer !

Il existe plusieurs types d’autorité :

L’autorité fondée sur l’expérience
Ce type d’autorité est basée sur l’expérience, les connaissances et les compétences d’une personne dans un domaine.
Par exemple lorsque vous allez chez le médecin, vous prenez les médicaments qu’il vous prescrit car il a les connaissances sur la maladie et les façons de la soigner.

L’autorité fondée sur la position
Cette autorité est basée sur la position d’une personne au sein d’un groupe et sur la définition de ses responsabilités.
Par exemple lorsque vous prenez le train, vous suivez les consignes des contrôleurs.

L’autorité fondée sur les ententes informelles
Cette forme d’autorité est basée sur les ententes que concluent les gens au quotidien. Par exemple, si je prends l’avion pour aller voir un ami et qu’il accepte de venir me chercher à l’aéroport, je m’attends à ce que le jour J il soit là. Thomas Gordon a conclu de nombreux accords informels au sein de sa famille : il prépare le petit déjeuner le dimanche, sa fille est responsable de ses devoirs et sa femme entretien les plantes.

L’autorité fondée sur le pouvoir
Enfin, le dernier type d’autorité abordé est basé sur le pouvoir des uns sur les autres. Ce pouvoir permet notamment de contraindre une personne à faire des choses contre son gré.

C’est ce dernier type de pouvoir qui est utilisé lors de l’utilisation des récompenses et punitions.

2. La méthode traditionnelle : récompenses et punitions

“Discipliner” signifie dominer grâce au pouvoir. Ce pouvoir permet de récompenser ou de punir.
Les récompenses et les punitions doivent néanmoins réunir plusieurs conditions pour être efficaces. Voici la liste que dresse l’auteur : la récompense doit satisfaire un des besoins de l’enfant, il doit être dépendant de l’adulte pour l’obtenir et elle doit être suffisamment importante pour qu’il se soumette à sa volonté. La punition quant à elle, doit être suffisamment blessante (mais pas trop) pour que l’enfant cesse son comportement et il ne doit pas pouvoir y échapper.
La punition a pour effet négatif de briser la relation de confiance entre les deux personnes et de causer des dommages physiques et psychologiques.

3. Pourquoi les récompenses sont inefficaces

Comme son titre le laisse entendre, le livre Éduquer sans punir ne prône ni les récompenses ni les punitions. L’auteur, Thomas Gordon, consacre deux chapitres à expliquer en quoi elles sont inefficaces et même contre productives sur le long terme.

Nous venons de le voir, les récompenses doivent réunir plusieurs conditions. Elles doivent, en plus, être utilisées en suivant une grande rigueur (rigueur pratiquement impossible à tenir). Une récompense doit être donnée juste après le comportement souhaité, à chaque fois que ce comportement se répète dans un premier temps puis moins régulièrement ensuite et enfin il faut veiller à ce qu’aucune récompense ne soit donnée lors d’un comportement non voulu. Ce dernier point est très délicat car la récompense peut venir d’un tiers. Par exemple, un élève qui perturbe la classe est récompensé par les rires de ses camarades.
Toutes les conditions requises ainsi que la rigueur nécessaire sont très difficiles à maintenir sur une longue période ce qui provoque l’échec des récompenses.

Les compliments sont également à éviter car ils cachent la plupart du temps une envie de changer l’enfant. Sous une façade de gentillesse une critique est généralement sous entendue. Elle fait ressortir l’envie de contrôle du parent sur la vie de l’enfant.
Il se peut également qu’en voulant faire plaisir à l’enfant, le parent émette un jugement ne correspondant pas à ce que pense l’enfant. Par exemple il pourrait dire “tu es un très bon joueur de foot” alors que l’enfant se trouve nul. Il se sentira alors seul et incompris. Le compliment aura eu l’effet inverse de celui espéré.

4. Pourquoi les punitions sont inefficaces

Utilisées par 84 % à 97 % des parents à un moment ou l’autre de la vie de l’enfant, les punitions n’en sont pas moins inefficaces.
Au début elles peuvent avoir un effet dissuasif. Mais comme avec les récompenses, la grande rigueur avec lesquelles il faut les donner les rendent inefficaces sur le long terme :

  • Un comportement puni une fois devra toujours l’être
  • La punition doit être donnée juste après le comportement indésirable
  • Elle ne doit pas être donnée en présence d’autres enfants
  • Le comportement puni ne doit jamais être récompensé par qui que ce soit
  • Les punitions ne doivent pas être trop fréquentes ni trop sévères sous peine de voir l’enfant se replier sur lui-même ou quitter la maison

Une punition doit être justement dosée pour être efficace. Trop légère elle est inutile, l’enfant préférant la subir pour obtenir ce qu’il veut. Trop forte et elle aura des conséquences sur son état physique et psychologique. Ce juste milieu est difficile à trouver et à maintenir.

La punition n’empêche pas non plus à l’enfant de recommencer lorsque personne n’est là pour le surveiller car “la discipline punitive imposée par les adultes n’inculque pas l’autodiscipline aux enfants”.

Contrairement à ce que les adeptes de la punition veulent faire croire, elle ne diminue en aucun cas la violence présente chez l’enfant. Au contraire elle l’incite !
La violence est punie ; la punition entraîne la frustration ; la frustration déclenche de l’agressivité ; l’agressivité est punie ; et ainsi de suite.

Il vient également un jour où les parents manquent de punitions. En effet, au fur et à mesure que les enfants grandissent ils deviennent de plus en plus autonomes et les parents ont de moins en moins de contrôle sur eux… jusqu’au jour où ils n’en ont plus du tout.
Selon Thomas Gordon, les conflits de l’adolescence résulteraient en grande partie du fait que les parents essaient de contrôler les enfants alors qu’ils n’ont plus de pouvoir sur eux. Les parents, bien qu’ils n’aient plus de moyen de pression sur leurs enfants, continuent de vouloir les contrôler. Et les adolescents se rebellent contre cela.

5. La véritable réaction des enfants face au contrôle

La discipline imposée n’est pas sans conséquence sur l’enfant. Voici quelques mécanismes d’adaptation recueillis par l’auteur lors de ses ateliers : être agressif, se révolter, mentir, flatter les adultes, se replier sur soi, être timide, souffrir d’insécurité, se montrer exagérément soumis, etc.
En plus, du fait que l’enfant apprend par imitation, les enfants qui ont été punis puniront à leur tour.

Non seulement l’emploi de récompenses et punitions ne produit pas des enfants disciplinés mais c’est l’inverse qui se produit. Il a été démontré que les délinquants, meurtriers et détenus violents proviennent de familles autoritaires et ont été sévèrement punis durant leur enfance. La discipline sévère rend malheureux et tend à faire fuir du foyer les enfants qui y sont confrontés.

Les détenus violents ont tous subi une extrême violence à la maison entre l’âge de un et dix ans. (Maurer, 1976)

Deuxième partie : Des options pour développer l’autodiscipline chez les enfants

6. Des méthodes pour amener les enfants à modifier leur comportement sans les contrôler

Il n’existe pas seulement deux méthodes d’éducation. Vous pouvez choisir de n’être ni autoritaire ni permissif. Cette alternative “s’applique à faciliter, conseiller, écouter, comprendre, négocier, aider et résoudre le problème.” Mais pour l’utiliser il faut arrêter de penser que les enfants se conduisent mal. Selon Thomas Gordon “ce sont les effets du comportement de l’enfant sur l’adulte qui sont jugés mauvais […] et non le comportement en tant que tel.”

Lorsqu’il y a un problème entre l’adulte et l’enfant, la première étape consiste à trouver à qui il appartient. Il existe 3 possibilités :

  1. Le problème appartient à l’enfant. Par exemple, l’enfant est déçu d’avoir eu une mauvaise note à un contrôle.
  2. Le problème appartient à l’adulte. Par exemple, l’enfant joue bruyamment alors que l’adulte aimerait lire son livre en silence.
  3. Le comportement de l’enfant ne pose problème ni à l’enfant ni à l’adulte.

Si le problème appartient à l’adulte, Thomas Gordon propose plusieurs possibilités :

  • Découvrir le besoin de l’enfant. L’enfant ne cherche pas à énerver les adultes mais à satisfaire un besoin. Trouver ce dont il s’agit vous aidera à le combler.
  • Modifier l’environnement. Par exemple, mettre en hauteur les objets fragiles ou utiliser des verres incassables pour votre bébé.
  • Émettre un message “je” de confrontation. Contrairement au message “tu” qui accuse l’autre, le message “je” exprime ce que je ressens face à une situation. Il n’exprime ni reproche ni jugement. Par exemple, “j’étais très inquiet de voir que tu n’étais pas rentré à l’heure prévue.”
  • Émettre un message “je” de prévention. Ce message demande à l’autre d’adopter un comportement particulier afin de satisfaire un besoin. Expliquer son besoin permet de faire comprendre à l’autre en quoi la demande est importante.
  • Écouter l’enfant pour désamorcer sa réaction émotive. Le message “je” peut dérouter l’enfant, il n’est jamais agréable d’entendre que notre comportement gêne. Dans ces cas là, écouter les sentiments de l’autre l’aidera à trouver une solution qui satisfait les deux parties.
  • Résoudre le conflit par une solution gagnant-gagnant. Le message “je” peut ne pas être entendu par l’enfant. Dans ce cas, cherchez ensemble une solution qui satisfait tout le monde.
  • En colère, identifier le “sentiment premier”. La colère cache souvent un autre sentiment comme la peur ou la tristesse, essayons de s’y reconnecter.

7. De nouvelles façons de gouverner les familles et les classes

De nombreuses études ont déjà démontré l’efficacité du travail en équipe. Il est également prouvé qu’un environnement démocratique, qui induit la participation des élèves aux décisions de l’enseignement, amène moins de problèmes comportementaux et d’absentéisme.
Bien sûr, les enfants ont besoin de règles. Elles permettent de définir les droits et devoirs de chacun afin de ne pas tomber dans le chaos. Mais la façon dont les règles sont établies est primordiale. Pour Thomas Gordon, les règles doivent être établies conjointement entre les adultes et les enfants.

Lors d’un conflit, la plupart des parents impose leur volonté ou cède face à celle de l’enfant. Dans le premier cas, l’enfant résiste et proteste contre cette solution qui lui est imposée puis fait tout pour ne pas l’appliquer. Petit à petit cet enfant se détachera de ses parents qui ne prennent pas en compte ce qu’il ressent.
Dans le deuxième cas, l’adulte cède car l’enfant n’accepte pas sa solution. Les besoins de l’adulte sont sacrifiés au profit de ceux de l’enfant qui grandira avec le sentiment d’être plus important que les autres.

Pour assainir les conflits et perdre cet esprit gagnant/perdant, Thomas Gordon a créé une méthode gagnant/gagnant divisée en 6 étapes.
Toutes les personnes impliquées sont invitées à se réunir pour trouver ensemble une solution qui leur convienne à tous. Voici les étapes :

  1. Identifier le problème.
  2. Énumérer les solutions possibles. Toutes les idées sont notées sans jugement. Chacun peut proposer ce qu’il pense.
  3. Évaluer les solutions. Les solutions proposées sont évaluées par tout le monde. Celles qui ne plaisent pas à tous sont écartées.
  4. Une des solutions restantes est choisie. Tout le monde doit être d’accord avec ce choix.
  5. Appliquer la solution. La solution choisie est appliquée selon les termes définis pendant quelques jours / semaines.
  6. Après un certain temps, tout le monde se réunit pour vérifier que la solution convient toujours à tous.

Ce n’est pas une méthode miracle et il faudra du temps pour bien la maîtriser. L’important est que tout le monde soit écouté et les besoins de chacun respectés.
Découvrez notre expérience de résolution de conflit 😉

8. Aider les enfants à résoudre eux-mêmes leur leurs problèmes

Cette méthode de résolution de conflit est efficace entre un parent et son enfant mais également entre deux enfants. Un enfant sera d’ailleurs plus enclin à vous écouter lorsque son comportement vous gêne si vous l’avait auparavant aidé à résoudre ses propres problèmes.
Cela ne signifie pas résoudre le problème à sa place mais l’écouter et l’aiguiller s’il n’y arrive pas seul.

Pour aider quelqu’un à changer il faut d’abord l’accepter tel qu’il est. Pour cela il faut éviter de faire la morale, conseiller, juger, critiquer, complimenter ou encore rassurer. Tout ceci nous dit Thomas Gordon fait parti du langage de la non-acceptation. Pour montrer à quelqu’un qu’on l’accepte, il y a 3 attitudes à notre disposition : la non-intervention, l’écoute attentive et l’écoute active.

9. L’écoute active : le procédé de relations humaines tout usage

L’écoute active montre à l’enfant qu’on l’accepte.
L’adulte écoute le message de l’enfant sans intervenir et le restitue avec ses propres mots afin de montrer et de vérifier qu’il a bien compris.
Cette forme d’écoute facilite la communication entre deux personnes, véhicule l’acceptation et le respect. Grâce à ces valeurs, elle incite à parler, à réfléchir et crée une ambiance propice au dialogue et au débat d’idées sans jugement. Cela en fait un outil idéal pour les discussions de groupe à l’école. Un professeur utilisant l’écoute active entretiendra une relation basée sur la confiance, le respect mutuel et l’acceptation avec ses élèves.
Des études ont démontré que la relation enseignant – élève joue un rôle primordial dans la qualité de l’apprentissage.

10. Les neuf mythes qui nous empêchent de changer

9 mythes empêchent certains parents de se détacher des méthodes d’éducation fondées sur le pouvoir et d’évoluer vers une relation plus saine.
Voici la liste telle que la livre Thomas Gordon :

  1. La crainte de “gâter” les enfants.
  2. Les enfants sont méchants
  3. Les conflits entre adultes et enfants sont insolubles
  4. La discipline punitive s’appuie sur la Bible
  5. La permissivité est la cause de tous les maux
  6. Une attitude démocratique ne mène nulle part
  7. Être parent ou enseignant ne s’apprend pas dans une formation
  8. Nous avons été élevés comme ça et nous réussissons bien !
  9. À l’école, on a besoin d’une discipline rigoureuse

Comme nous l’avons vu tout au long de cet article, ces affirmations sont infondées et totalement fausse dès lors que l’on arrête de penser en terme de pouvoir. La coopération et la communication sont au cœur de la pédagogie du Dr Gordon. Si les parents arrêtent d’user de la force, des châtiments et des récompenses et les remplacent par l’écoute et l’empathie il n’y a aucune raison que ces mythes deviennent réalité.

11. Les relations démocratiques sont sources de santé et de bien-être

Thomas Gordon termine son livre en citant plusieurs études qui appuient le fait que les relations démocratiques au sein d’un groupe, que ce soit en famille, à l’école, au travail ou au niveau d’un pays “sont des facteurs de “santé” et de “bien-être”” 🙂

Conclusion

Avec ce livre Thomas Gordon répond à l’une des problématiques principales de tout parent : comment faire en sorte de modifier le comportement de son enfant sans le contrôler. Cette démarche passe par la compréhension et le respect des besoins de chacun.
Combinées, toutes les techniques décrites dans le livre permettent de vivre en harmonie. Même s’il y aura toujours des conflits, vous savez maintenant les prévenir et les résoudre en respectant les besoins de chacun !

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Je suis Psychologue et Psycho-pédagogue- Auteur et Conférencière. je partage avec vous ici tous les jeux pédagogiques de l'approche TCC ( TETE COEUR CORPS) qui prend l'enfant et ses apprentissages dans sa globalité et tout ce que le travail auprès des enfants m'ont appris. 🙂